L'histoire des arts au collège de Marseillan

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Le Dadaïsme


Le mouvement Dada apparaît en 1916, à la fois à New York et à Zurich.
Les membres fondateurs en sont Francis Picabia (1879-1953), Man Ray (1890-1976), Tristan Tzara (1887-1968).
Le nom du mouvement est choisi en pointant au hasard un mot sur la page d’un dictionnaire : ce sera Dada, comme le jouet du même nom.
Ce mouvement se caractérise par la désacralisation de l’art, à la fois sur le sens et sur la forme de l’œuvre (c’est à dire par un comportement de l’artiste qui laisse penser que l’œuvre n’a plus de caractère sacré).
Il se caractérise également par l’utilisation d’objets récupérés, détournés.
Les frontières entre les différentes catégories artistiques sont abolies (assemblage, photomontage, etc…).
Le mouvement Dada se révolte contre la bourgeoisie.

D’autres artistes importants comme Hans Arp (1886-1966) ou Max Ernst (1891-1976) participent au mouvement Dada, mais aussi des écrivains comme André Breton (1896-1966) ou Paul Eluard (1895-1952).

Le mouvement s’essouffle à partir de 1919 pour donner plus tard naissance au Surréalisme.


voir : Ready-made (1930) de Marcel Duchamp


voir : Roue de Bicyclette (1913) de Marcel Duchamp

Un jour de l’année 1914, l’artiste Marcel Duchamp entre au BHV (le Bazar de l’Hôtel de Ville, un grand magasin de Paris) pour acheter un porte-bouteilles. Jusque-là rien d’extraordinaire.
Sauf que Marcel Duchamp rapporte le porte-bouteilles chez lui et décide qu’il s’agit d’une œuvre d’art !
Trois ans plus tard, il achète un urinoir, le retourne, l’appelle « Fontaine », le signe « R. Mutt » et l’envoie pour une exposition à New York.
Les organisateurs refusent de montrer une chose pareille !

Polémique, scandale : Marcel Duchamp s’explique alors dans un journal : « Que M. Mutt ait fabriqué la fontaine de ses propres mains ou non est sans importance. Il l’a choisie. Il a pris un objet de la vie quotidienne, l’a mis en situation au point de faire oublier sa fonction utilitaire. Sous un nouveau titre et un nouveau point de vue, il a créé une pensée nouvelle de cette objet ».
Même s’il remonte à presque cent ans, le geste de Marcel Duchamp reste, encore aujourd’hui, révolutionnaire.

Mais quel est son message ?
Que si on regarde l’objet sans préjugé, on peut voir un objet banal et quotidien comme une œuvre d’art.

Selon Marcel Duchamp, l’art est avant tout une manière différente d’envisager les choses et le monde.
Les objets que Marcel Duchamp choisit sont des objets existants, « ready-made » comme il les appelle en anglais (c’est à dire « tout faits »), et c’est l’artiste qui décide de les élever au rang d’œuvres d’art…
(C’est à dire, que c’est le choix de l’artiste qui est plus important que la manière de faire et c’est avant tout ce choix qui fait le style.)
L’artiste mais aussi le spectateur.
Car en fin de compte, c’est à nous que revient le choix d’accepter ou non sa proposition.

« C’est le regardeur qui fait le tableau », disait Marcel Duchamp.
En faisant passer un objet de la vie courante du magasin au musée, en le détournant de sa fonction initiale, il remet en cause pour toujours la définition et la notion même d’œuvre d’art.




John Heartfield

Artiste allemand fortement engagé politiquement, John Heartfield devient membre du Parti communiste et adhère au mouvement Dada avec son ami Georges Grosz (1893-1959).
En 1920, il participe avec Georges Grosz et Raoul Hausmann (1886-1971) à la Foire internationale Dada.
Par la suite, il se détache de Dada et il crée ses premiers photomontages et en devient l’un des grands spécialistes. Il les utilise surtout à des fins de propagande politique.
(Photomontage : c’est une technique qui consiste à assembler des éléments photographiques pour créer un sujet ou un ensemble de sujets à l’intérieur d’un format).
Lors de la montée du nazisme, qu’il dénonce avec toute la force de son art, il se réfugie à Prague puis à Londres.
Quelques années après la fin de la seconde Guerre mondiale, il rentre à Berlin-Est pour se consacrer essentiellement au dessin et à la scénographie.




Raoul Hausmann (1886-1971)

Peintre, théoricien, sculpteur, écrivain, Raoul Hausmann se revendique l’inventeur, avec Hannah Höch, du photomontage.
Cette découverte remonterait à un séjour dans la Baltique où ils auraient constaté que, dans chaque famille d’un petit village nommé Heidebrink, « se trouvait accrochée au mur une lithographie en couleurs représentant sur fond de caserne l’image d’un grenadier. Pour rendre ce mémento militaire plus personnel, on avait collé à la place de la tête un portrait photographique du soldat. Ce fut comme un éclair, on pourrait, je le vis instantanément, faire des tableaux entièrement composés de photos découpées ».


voir : ABCD (1923-1924) de Raoul Hausmann
(Encre de Chine, reproduction de photographie
et imprimés découpés, collés sur papier, 40,4 x 28,2 cm)

Réalisé vers 1923, quand Dada-Berlin n’existe plus, ABCD est le dernier photomontage dadaïste d’Hausmann. Néanmoins l’artiste restera fidèle à ce procédé, fondé sur la déconstruction et la recomposition des différentes sources de l’image, jusqu’aux années soixante.
Plus encore que dans tous ses autres photomontages, l’image est ici disloquée et sa perception constamment entravée par des ruptures de plans suggérant des sens contradictoires. Le motif central, son autoportrait photographique, tient comme serrées entre les dents les quatre lettres du début de l’alphabet. La langue que, déjà dans ses poèmes-affiches et dans ses poèmes phonétiques, Hausmann a détruite, hachée et privée de son sens, s’imposant par son impact visuel, joue avec l’image et les dessins.
La langue ne sert plus à communiquer, mais devient uniquement sonore. Elle devient pure expression.

Le photomontage ABCD retranscrit bien ce travail de recherche autour de la langue et du texte.
Une bouche hurle les 4 premières lettres de l’alphabet, au milieu d’un pêle-mêle de papiers découpés. Ce collage associe de manière très directs, divers fragments de réalité issus de sources diverses.

On peut voir entre autre :
- un autoportrait photographique de l’artiste
- les lettres typographiques et découpées « ABCD » en référence à l’un de ses poèmes phonétiques.
- un billet de banque tchèque (soirée passée à Pragues avec Kurt Schwitters)
- un morceau d’une annonce de « la première grande matinée Merz » de Kurt Schwitters et Raoul Hausmann le 30/12/1923 à Hanovre (action réalisée le soir du nouvel an durant lequel il donna une lecture de ses poèmes phonétiques)
- des papiers découpés dans des manuels médicaux
- deux planisphères de la terre
- une voie lactée

Mais de cette image, aucun sens cohérent de lecture ne se dégage.
Quelques parties sont toutefois lisibles :
« Raoul Hausmann »
« VOCE » (avec 3 à l’envers) = voix en italien (en référence au Futurisme)
« le mot « Merz » de kommerz (en référence à son ami Kurt Schwitters)
Ce qui est à voir et ce qui est à lire ont la même importance dans ce photomontage où la notion de fond et de profondeur n’existe pas. Chaque motif se jouant à la surface de l’œuvre, dans l’immédiateté de l’ici et maintenant. Manifeste de l’esthétique du non-art, cri lancé en même temps à l’œil et à l’oreille du spectateur, ce montage où rien ne semble tenir en place proclame contre tout académisme l’insondable mouvement de la vie.

La bouche est grande ouverte, Hausmann jette pour ainsi dire les 4 lettres à la tête du spectateur.
Il s’agit bien sûr d’un autoportrait lié à ses activités dadaïstes.



Raoul Hausmann commence à faire ses poèmes phonétiques en 1918.
Dans ses poèmes, il cherche à détruire la langue, isole chaque syllabe, hache le sens et réorganise des morceaux de mots selon sa volonté.

Dans ses poèmes-affiches optophonétiques, Hausmann associe cette expression linguistique à une expression picturale (plastique).
Le son, sur ses grandes affiches prend alors un aspect visuel : l’effet est autant « visuel » que « sonore ».

Ce travail sur la langue symbolise à la fois la perte de sens et l’absurdité du monde ainsi que la difficulté à communiquer ce qu’on ressent, mais aussi la vision de l’humain réduit à la machine.


voir : Le Critique d’art (1919-1920) de Raoul Hausmann
(Collage 31,4 x 25,1 cm))

L’arrière plan est constitué de bribes de textes illisibles qui sont en fait un morceau de l’un de ses poèmes-affiches phonétiques.
Le personnage est réalisé à partir de 2 morceaux de photographie : une pour le visage, une pour le corps.
La tête représente son ami artiste Georges Grosz, sur le vêtement on voit d’ailleurs inscrit son tampon avec son nom.
Le personnage représente le critique d’art.

Sur son visage sont collés des morceaux de papiers à la place des yeux et de la bouche, sur lesquels sont dessinées grossièrement et au crayon de couleur les deux yeux et les dents.
Sur la nuque, semble être plantée un morceau de billet. Et une chaussure semble sortir du cerveau.

Sur la gauche, présenté par une jeune femme, on peut voir l’objet de la critique. La jeune femme présente le dadasophe lui-même (on peut reconnaître la silhouette de Raoul Hausmann)

Madame Thuillier (arts plastiques)