L'histoire des arts au collège de Marseillan

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Titre de l'étude : Jaune-Rouge-Bleu de Wassily Kandinsky, 1925

 

L'œuvre

Titre : Jaune-Rouge-Bleu

 

Nature, domaine artistique : Arts visuels

 

 

 

Sujet : Abstraction

 

 

Dimensions: Huile sur toile, 128 x 201, 5 cm




Date : 1925

 

 

 

Lieu de conservation : Musée national d'art moderne – Paris

Le contexte


En 1925, nous sommes entre deux guerres. Kandinsky a 60 ans, il est enseignant à l'école d'art la plus importante et la plus innovante au monde à cette époque: Le Bauhaus. Si l'Allemagne a du mal à se remettre de la première guerre mondiale, c'est aussi une période de crise économique, où on assiste peu à peu à la montée du nazisme.

Entre 1910 et 1925 se développe dans toute l'Europe ce qu'on appelle « les avant-gardes »: de nombreux artistes formes des groupes (ou mouvements) et détruisent les règles classiques de l'art pour créer de nouvelles manières de s'exprimer, plus libres. C'est l'art moderne.
Kandinsky crée l'un de ces mouvements:« Der Blaue Reiter » ou « Le cavalier bleu », qui fait partie de l'expressionnisme allemand.
Il est l'un des fondateurs de l'art abstrait. A cette époque, plusieurs artistes comme Piet Mondrian en Hollande ou Kasimir Malévitch en Russie, quittent la représentation figurative du réel pour créer un langage de couleurs et de formes parfois très géométrique, parfois plus libre. C'est le début de l'abstraction.

L'auteur

 

Son nom, ses dates : Wassily Kandinsky (Moscou, 1866 - Neuilly, 1944)

Quelques éléments de biographie : 
Vassily Kandinsky naît à Moscou en 1866 et meurt à Neuilly, en France en 1944 (où il a acquérri la nationalité française en 1939). C'est un peintre russe, et théoricien de l'art. Il a écrit deux livres fondamentaux où il explique sa théorie de l'art: « du spirituel dans l'art » et « Point, ligne, plan » Il est devenu peintre tardivement, à 30 ans, après des études de droit et d'économie. Il est connu pour être le premier fondateur de l'art abstrait: il ne représente plus le réel, mais élabore un langage de formes et de couleurs très approfondi pour exprimer ce qu'il nomme: un paysage intérieur.

Kandinsky, au début a un style un peu impressioniste (inspiré par une « meule » de Claude Monet). Un jour, vers 1910, il découvre dans son atelier un tableau qu’il ne reconnaît pas et qu’il trouve absolument fabuleux. Il se rend compte que c’est l’un de ses tableaux mais posé sur le côté. A partir de ce moment-là il comprend que ce qui l’intéresse est d’exprimer son «paysage intérieur» en abandonnant toute référence au réel. C’est à dire que c’est le premier peintre à quitter le figuratif pour passer à l’abstrait. C’est en quelque sorte l’inventeur de la peinture abstraite. Pour lui la peinture ne doit plus copier le réel (comme c’est le cas depuis la préhistoire), mais exprimer des sensations, des émotions, des états de l’être grâce à un jeu de lignes, de couleurs, de formes, de rythmes visuels.

 

 

 

La thématique 

 

Dans quelle(s) thématique(s) l'étude s'inscrit-elle ?

Les avants-gardes au XXème siècle (Arts, ruptures, continuités)
Rompre avec les traditions

Décrire et interpréter l'œuvre

C'est une peinture à l'huile sur toile.

« Deux parties qui s’opposent:
L’œuvre est composée de deux parties qui s’opposent : lignes géométriques à gauche, formes libres à droite.  L’accent principal est mis sur les trois couleurs primaires qui, de gauche à droite et dans l’ordre : jaune, rouge, bleu, articulent la composition. L’opposition du jaune chaud, lié au mouvement, et du bleu froid, stable, lié à la forme du cercle y est mise en jeu. La partie jaune est lumineuse, légère, des fines lignes droites et noires l’accompagnent. Elle s’inscrit sur un fond pâle aux bords bleu-violet où la peinture est appliquée de manière à produire la sensation d’un ciel avec ses nuages évanescents qui semblent se prolonger au-delà du tableau. A l’opposé, la partie droite est sombre, le cercle bleu se détache sur un fond jaune clair, rythmé par la ligne serpentine noire  d’épaisseur variée. Entre les deux polarités du jaune et du bleu, se déploie une multiplicité de formes : rectangles rouges, se lisant derrière les transparences des formes biomorphiques, damiers en couleurs et noirs et blancs. »(site Centre Georges Pompidou)
(Biomorphiques: de formes faisant penser à des choses vivantes).

Le sens
Dans «Jaune, rouge, bleu», ça fait déjà 15 ans que Kandinsky est passé à l’abstrait et qu’il fait évoluer ses recherches et sa théorie (deux livres importants: «du spirituel dans l’art» et «Point, ligne, plan»). Son style est devenu plus géométrique, il manie couleurs et formes comme s’il s’agissait d’un véritable alphabet. Pour lui chaque élément est comme un mot dans une phrase. Il cherche à inventer un vocabulaire formel. Chaque partie du tableau fait écho à une autre, il joue beaucoup sur différents types de contrastes: le bleu/le jaune, ligne droite/ligne courbe, ligne brisée/ligne arrondie, transparences/opacité des surfaces, jeu d’emboîtements/ de superpositions de formes, jeu du premier plan et de l’arrière plan (plat/profond), Lumineux/sombre), jeu d’ordre/ de désordre, tons chauds/tons froids.

(italiques: site Centre Georges Pompidou)
1- La théorie: Le tableau pourrait apparaître comme une transposition des théories que l’artiste vient de fixer dans son ouvrage, Point, ligne, plan, mais sa complexité l’éloigne d’une simple œuvre manifeste.
2- L'équilibre: « L’essentiel de ce tableau est dans l’équilibre des éléments qui se répondent dans un jeu d’oppositions et de complémentarités. »
« ..la toile devient alors le lieu d’oppositions multiples de forces et de couleurs qui bouleversent l’espace. »
3 - Soleil et lune se donnent rendez-vous
Mais ce tableau suggère aussi une autre lecture. Dans ce rectangle aux dimensions parfaites, « Soleil » et « Lune » se donnent rendez-vous. Soleil sous la forme d’un visage vu de face et de profil, lune qui se diffracte dans l’échantillonnage des bleus, violets, roses, en un bouillonnement de courbes et contrecourbes, de lignes obliques et ondulées, d’opacités des damiers en perspective et de transparences des surfaces biomorphiques, auxquelles s’ajoutent rectangles et carrés en suspension comme un jeu de cartes flottant dans la vacuité des aires.
4 Le mystère: « Ce tableau miroitant et mystérieux n’arrête pas d’interpeller le spectateur. »
5 Naissance du rouge
Au centre de la composition, entre les extrêmes du jaune et du bleu qui montent, il s’agirait ici d’une naissance du rouge et de la couleur à laquelle Kandinsky redonne toute sa force expressive.
Kandinsky recherche une harmonie parfaite, dans laquelle on pourrait se perdre confortablement, pour rêver et s’évader, comme une sorte de labyrinthe pour la pensée vagabonde.
Conclusion - ouverture
Il recherche la traduction visuelle de ce qu’on ressent en écoutant de la musique. Ici on peut réellement parler de symphonie colorée.
On peut rapprocher cette oeuvre d'une composition musicale, les lignes noires peuvent rappeler les différentes attaques d'un son sur un instrument (une guitare par exemple), et les couleurs peuvent se rapprocher d'une ambiance musicale (mélodies, accords). En musique électronique les artistes utilisent souvent différentes nappes sonores qu'ils mélangent, superposent, mettent en opposition, c'est ce que fait ici le peintre avec formes et couleurs (on peut penser aux 4 djs de C2C sur « Down the road » qui mixent des phrases musicales (en live ces sons et leurs rythmes trouvent d'ailleurs une traduction visuelle et abstraite).

Cette oeuvre est également à rapprocher de votre travail sur le sujet « Autoportrait abstrait».


Citations
Alors qu’il était encore étudiant à Moscou, hésitant entre plusieurs orientations, Kandinsky fut marqué lors de la visite d’une exposition par une des meules de Claude Monet:
« J’étais incapable de la reconnaître et ne pas la reconnaître me fut pénible. Je trouvais également que le peintre n’avait pas le droit de peindre d’une façon aussi imprécise. Je sentais confusément que l’objet faisait défaut au tableau et je remarquais avec étonnement et trouble que le tableau non seulement vous empoignait mais encore imprimait à la conscience, une marque indélébile et qu’aux moments les plus inattendus, on le voyait avec ses moindres détails flotter devant ses yeux ».
Notes sur son « déclic » (1909):
« J’arrivais chez moi avec ma boîte de peinture après une étude, encore perdu dans mon rêve et absorbé par le travail que je venais de terminer. Lorsque je vis soudain un tableau d’une beauté indescriptible, imprégné d’une grande ardeur intérieure. Je restais d’abord interdit puis je me dirigeais rapidement vers ce tableau mystérieux sur lequel je ne voyais que des formes et des couleurs et dont le sujet était incompréhensible. Je trouvais aussitôt le mot de l’énigme : c’était un de mes tableaux qui était appuyé au mur, sur le côté. J’essayais le lendemain de retrouver à la lumière du jour l’impression éprouvée la veille devant le tableau, mais je n’y arrivais qu’à moitié. Même sur le côté, je reconnaissais constamment les objets et il manquait la fine lumière du crépuscule. Maintenant, j’étais fixé, l’objet nuisait à mon tableau ».