- Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple
Titre de l'étude :La liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, 1830

L'œuvre
Titre: La Liberté guidant le peuple
Nature, domaines artistiques: Peinture, arts visuels
Sujet: Une allégorie
Lieu de conservation: Musée du Louvre, Paris
Dimensions: 260 x 325 cm Date: 1830 Le contexte
L’invention de la peinture à l’huile
Au début du XVe siècle, au Nord de l’Europe, dans les riches villes flamandes, les artistes reçoivent , comme en Italie, de nombreuses commandes des marchands et des hommes d’affaires. Jan Van Eyck était l’un d’entre eux. Il met au point une peinture à l’huile qui va émerveiller ses visiteurs. Les tubes de couleur n’existaient pas alors. Les apprentis délayaient des poudres extraites des plantes ou des minéraux avec du blanc d’œuf. Mais ce mélange séchait vite et ne permettait pas les retouches. Van Eyck trouve cette recette qui lui permet de mélanger de l’huile aux pigments de couleur. Il peut ainsi travailler plus lentement avec des peintures lumineuses et brillantes.L'auteur
Son nom, ses dates :
Quelques éléments de biographie :
Né en 1798, près de Paris, Eugène Delacroix fait de grandes études de peinture. Il adore la musique et le dessin. A 17 ans, il apprend la peinture auprès d’un célèbre peintre : David.
Il est élégant et rebelle et à partir de 1824, alors âgé de 26 ans, il fait sensation en peignant des histoires où se mêlent drames et passion. On appelle ce courant artistique le Romantisme et Eugène Delacroix devient l’un de ses chefs.
En 1834, il découvre le Maroc et l’Orient, qui lui inspirent de superbes tableaux. A ce moment-là commence la période orientaliste. Après avoir peint des scènes de batailles terribles, des événements historiques contemporains, il propose des scènes de genre exotiques où la lumière et les couleurs jouent un grand rôle. Il devient alors très célèbre. Il meurt à 65 ans, en 1863.La thématique
Dans quelle(s) thématique(s) l'étude s'inscrit-elle ?
Les arts au service de la résistance: art engagé (Arts, états, pouvoir)
- rompre avec les traditions.
Décrire et interpréter l'œuvre
Dans ce tableau peint en 1830, nous connaissons cette grande dame révoltée qui brandit le drapeau bleu blanc rouge. C’est elle qui a donné ses traits à Marianne, symbole (on dit aussi « allégorie ») de la République Française. Cette figure personnifie la Liberté. C’est elle qui guide le peuple français vers la Victoire. Eugène Delacroix raconte des évènements survenus quelques mois plus tôt, en juillet 1830. Durant trois jours (les « Trois Glorieuses »), les Parisiens se soulevèrent contre le roi Charles X, qui était détesté. Ils dressèrent des barricades et se battirent avec rage. Le roi, effrayé, abandonna son trône. On a appelé ce soulèvement populaire « La Révolution de juillet ».
La figure de la Liberté, qui marche droit sur nous, fait l’originalité et l’audace du tableau. Avec son drapé et sa poitrine dénudée, elle ressemble à une statue grecque. Mais ce n’est pas une « déesse antique », comme la Vénus de Milo. Elle est coiffée d’un bonnet phrygien et empoigne dans sa main gauche un fusil. Delacroix en a fait une fille du peuple qui mène à l’insurrection. Les acteurs des Trois Glorieuses sont tous là : le peuple misérable, ses enfants qui se conduisent en héros et ses femmes qui comme les hommes participent aux émeutes. Le gamin à droite qui agite des pistolets trop grands pour ses petites mains est le symbole de la jeunesse révoltée par l’Injustice. Il porte le béret noir des étudiants qui participèrent aux émeutes. Il avance de face comme un brave. On raconte que ce « gamin de Paris » a inspiré à Victor Hugo le personnage de Gavroche, héros courageux et malheureux (qui meurt sur les barricades) des Misérables, son célèbre roman paru 30 ans plus tard, en 1862.
Autour d’elle, une foule de combattants brandit les armes, prête à enjamber les corps des soldats qui gisent au sol. Delacroix ne prit pas part aux événements mais les observa de près, en étant dans la rue où il y réalise des croquis sur le vif : cela donne à sa toile un côté réaliste, d’une grande violence, qui choqua beaucoup à l’époque. On lui reprocha d’avoir peint des cadavres au premier plan (un homme du peuple, d’un garde du roi et d’un cuirassé de la garde) et une bande de gueux sales et débraillés. Mais aujourd’hui pourtant, cette image est devenue un emblème de la lutte pour la liberté dans le monde entier.
Dans son tableau, Delacroix explore des techniques originales : le dessin permet de marquer le mouvement tandis que la couleur souligne l’atmosphère dramatique de la scène et suggère la passion du peintre pour un sujet d’actualité. Delacroix dénonce la « peinture raisonnable » et aspire à découvrir des univers encore inexplorés en peinture. Il peint son tableau comme un instantané, c’est-à-dire comme une photographie réalisée spontanément sans aucune mise en scène. Les journaux n’existant pas encore à l’époque, son tableau sert de documentaire pour montrer l’horreur de l’insurrection.



