Titre de l'étude : "F-111" de James Rosenquist, 1965

L'œuvre
Titre : F-111
Nature, domaine artistique : Arts visuels
Sujet : Peintures murales, 23 panneaux
Dimensions:
304,8 x 2621,3 cm
Date : 1965Lieu de conservation : MOMA de New York
Le contexte
En 1965, la société de consommation comble les désirs individuels. Mais cette joie de vivre est gchée par l’angoisse de la guerre : le feu nucléaire d’Hiroshima hante les esprits, et les Etats Unis sont engagés dans la guerre du Vietnam. C’est au cours de ce conflit que les F111 américains vont bombarder les populations civiles au napalm.
La guerre du Vietnam est une guerre qui a suivi la 1ère guerre d' Indochine, et qui oppose, de 1964 à 1975, le Nord-Vietnam (soutenu par le bloc de l'Est et la Chine) et le Sud-Vietnam, militairement soutenu par l'armée des États-Unis appuyée par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines).
Le General Dynamics F-111 Aardvark est un bombardier tout-temps à géométrie variable développé par les États-Unis dans les années 1960. Il a été utilisé pendant la guerre du Vietnam.
L'auteur
Son nom, ses dates :James Rosenquist, 1933 Grand Forks,
North Dakota
Quelques éléments de biographie : James Rosenquist fait partie de la branche américaine du mouvement « Pop Art ». C'est un peintre américain. D’abord affichiste de métier, il commence par peindre dans la suite de l’expressionnisme abstrait. En 1959, il exploite les possibilités d’images simplifiées et de très grandes dimensions d’après les méthodes publicitaires. En 1962, il participe à l’exposition des "New Realists" qui consacre le Pop Art. Sa manière (coups de brosses larges et souples) et le caractère très lisible de ses images l’ont parfois fait considérer comme le peintre le plus académique du Pop Art.
La thématique
Pourquoi cette œuvre est-elle une peinture engagée ?
"La peinture est probablement plus amusante que la publicité alors, pourquoi ne pas peindre avec la même énergie et enthousiasme qu’elle, avec sa même force?" James Rosenquist
Rosenquist, par cette phrase, nous laisse entendre qu'il utilise des outils de la publicité (techniques de réalisation d'images, couleurs, formats, composition...) pour pratiquer la peinture et crée des œuvres avec un sens, un message. Son message sera d'autant plus fort que la composition du tableau est ici réfléchie, construite.
Il prend comme sujets pour ses oeuvres des faits d'actualités (et c'est fréquent chez lui : « President Elect », 1960-1961 Triptyque, huile sur masonite, 228 x 366 cm. Centre Georges Pompidou, Paris.), et montre une image dans laquelle le spectateur pourra voir un parti pris. Il se pose comme artiste témoin de son temps.
Cette œuvre est un condensé de la société américaine de 1965. On y trouve un ensemble de motifs que Rosenquist a repris dans les journaux, magazines et autres publicités, et également une représentation grand format (presque à taille réelle) de l'avion de guerre qui va bombarder les populations durant la guerre qui fait rage au Viet Nam et dans laquelle les Etats unis sont engagés. Par cette œuvre l'artiste fait un commentaire sur les aspects positifs et négatifs des avancements scientifiques et humains au XXe siècle.
Ses peintures font directement allusion au contexte politique et culturel de leur époque de création en refletant la dynamique de la culture capitaliste moderne.
Décrire et interpréter l'œuvre
C'est une œuvre monumentale, peinte sur 23 panneaux assemblés, installée sur plusieurs murs d'une pièce.
D'abord exposée à la galerie Léo Castelli, elle est maintenant au MOMA de New York.
Cette œuvre est un condensé de la société américaine de 1965. On y trouve un ensemble de motifs que Rosenquist a repris dans les journaux, magazines et autres publicités. On peut voir regroupées sans logique apparente diverses images : un avion bombardier, un pneu, un enfant sous un casque de coiffeur, un plat de spaghetti, un champignon nucléaire.
L’œuvre monumentale de Rosenquist montre ces doubles sentiments. Joies et angoisses se superposent dans cette œuvre comme une frise aux couleurs vives et brillantes.
En fait, Rosenquist travaille sur plusieurs niveaux de perception. L’emploi de surfaces gigantesques implique en effet la prise en compte de la vision périphérique. Dans une même toile, l’échelle des fragments varie, différents points de vue se combinent .
Caractéristiques plastiques principales:
- très grand format ( immersion du spectateur).
- couleurs vives
- contrastes
- superposition des plans
- rythme fragmenté
- plusieurs niveaux de lecture
La composition générale du tableau :
23 panneaux assemblés et installés sur les murs d'une pièce pour un format total de 304,8 x 2621,3 cm.
On peut comparer ce tableau immense à une frise, de par sa taille. Mais le fait que l'image soit peinte sur différentes parties peut aussi poser question ; pourquoi le peintre a-t-il voulu montrer une vision comme « fragmentée » ?
En prenant en compte la talle de chaque « fragment », on peut donc aussi observer chaque panneau de manière isolée ; la plupart des œuvres de Rosenquist sont construites de cette manière (assemblage d'images de sujets différents dont la rencontre peut provoquer un contraste, un choc).
Dans F 111, on peut avoir plusieurs lectures. Une première « de loin », ou l'on voit le bombardier comme « en filigrane » sur toute la longueur de la peinture. On peut noter qu'il semble s'écraser (l'image des spaghetti sur la fin de la fresque semble se fondre pour devenir de la tôle froissée). L'image de ce bombardier est comme « fragmentée » par les changements de couleurs de l'image sur chaque « partie » : car on peut aussi voir plusieurs images distinctes, sur toute la longueur du tableau, qui se superposent et s’entremêlent à celle de l'avion, notamment un pneu de voiture, le visage d'un enfant sous un casque de coiffeur, un champignon atomique, des ampoules, un plat de spaghetti...
Rosenquist mélange souvent des images en apparences anodines au sujet principal de son œuvre. Il va dans cette œuvre opposer la société de consommation (soupe en boite, spaghetti), le confort moderne (coiffeur, voiture) et les ravages de la guerre (le F 111 avec le conflit du Viet Nam et aussi le champignon atomique, qui peut faire référence à Hiroshima, toujours présent dans les esprits de l'époque).
Les couleurs :
L'utilisation de contrastes de couleurs très vives (chères au Pop Art) et de tons souvent rompus de blanc (plus propres au style de Rosenquist), la manière hyperréaliste de peindre de l'artiste (lisse et froide) montre aussi une référence aux images publicitaires, dont les rues des villes des états unis sont remplies et les passants submergés.
La fragmentation des images peut aussi rappeler la constante juxtaposition des panneaux dans la rue, qui se télescopent et se mélangent sous notre regard.
Il y a beaucoup de ruptures et de contrastes de couleurs dans cette oeuvre. L'avion « en filigrane » n'est pas toujours de la même couleur, il en change selon les panneaux, et , bien que le rose fuchsia soit prédominant, il passe par des parties aux couleurs plus réalistes ou gris bleutés.
On peut noter de violentes oppositions entre couleurs chaudes et froides (le rose et le bleu), parfois aussi entre des parties en valeur de gris (comme des photos en noir et blanc) et d'autres aux couleurs très extrapolées, chères au style du Pop art.
Les différents plans :
Dans cette image, les différents plans s'entremêlent et se mélangent. Cette peinture offre au regard une vision fragmentée de l'avion bombardier, mélangé à d'autres images diverses. Cette vision est d'autant plus fragmentée que Rosenquist joue sur les transparences. A certains endroits du tableau, l'avion semble « transparent », ce qui laisse voir un arrière-plan souvent abstrait.
On pourrait donc également décomposer le tableau en différentes « couches » : à l'arrière-plan, un fond plutôt abstrait, puis au second plan le F111 qui prend toute la surface du tableau à l'horizontale, puis au premier plan, à certains endroits, d'autres images (champignon atomique, pneu, etc...)
On peut interpréter cette « fragmentation visuelle » en la mettant en parallèle avec le bombardier F111, qui est un avion de guerre, comme si il détruisait tout sur son passage, faisant littéralement « exploser » le tableau et les représentations qu'il contient. On peut penser que l'avion s'écrase, et pulvérise tout le reste, car on remarque qu'une des trois ampoules au premier plan est brisée.
Dans le même temps, la manière hyperréaliste, lisse et froide, offrirait un regard presque détaché.
-Le rythme :
Le rythme du tableau est « haché ».
Tout d'abord, sa forme, une frise horizontale de 26 mètres, s'offre au regard dans un pièce carrée. Le spectateur en est donc « entouré » par l'oeuvre et ne peut l'appréhender d'un seul coup : il est obligé, par le peu de recul avec le mur d'observer l'oeuvre « partie par partie », et cela crée donc une forme de lecture « non globale », plutôt comme une frise ou une bande dessinée , d'où l'importance de la narration ici : la peinture peut « raconter une histoire », peut être celle du F 111 et du nuage atomique qui détruirait tout, offrant un contraste saisissant avec les scènes de confort moderne (voiture, enfant chez le coiffeur, etc..).
Un rythme donné donc par des ruptures verticales, tout le long du tableau. On pourrait voir 7 images dans l'image.
Le rythme est donné également par les ruptures et contrastes de couleur. L'avion « en filigrane » n'est pas toujours de la même couleur, il en change selon les panneaux, et, bien que le rose fuchsia soit prédominant, il passe par des parties aux couleurs plus réalistes ou gris bleutés.
On peut noter de violentes oppositions entre couleurs chaudes et froides (le rose et le bleu), parfois aussi entre des parties en valeur de gris (comme des photos en noir et blanc) et d'autres aux couleurs extrapolées).
On peut noter aussi des changement d'échelle constants dans le tableau (la taille du pneu, la taille du visage de l'enfant, du plat de spaghettis), avec toujours comme référent et comparateur commun en arrière-plan, la taille du bombardier (qui mesure environ 22 mètres en réalité, ce qui n'est pas loin de sa taille « réelle » sur la peinture de Rosenquist).



